A peine découvert et déjà blogs et journaux musicaux sont accusés de vendre uniquement du folklore autour du parcours de Willis Earl Beal. Mais si son personnage, ses dessins et son destin sont un plus, ce sont plutôt ses compositions trouvées en ligne qui m’ont bouleversées à la base. Désolée…
Il vient d’Albuquerque, a un parcours hors du commun, une personnalité hors norme et un album ovni, bricolé avec les moyens du bord, c’est à dire rien. Une batterie fabriquée, des guitares marchandées aux Puces, une harpe pour enfants et un magnéto tout pourri. Le résultat est Acousmatic Sorcery. Un truc inégal, parfois expérimental, 11 titres choisis parmi des centaines de chansons, qui sent l’enregistrement enfermé dans un placard. Mais serti de diamants bruts reflétant les facettes de sa double personnalité oscillant en permanence entre ombre et lumière. Inclassable. Willis peut passer d’une chanson folk, pure et ensoleillée à sa rage criée sur fond de blues. Et comme il le précise lui-même : "Je ne suis pas du genre à avoir un genre."
Willis, c’est l’histoire d’un garçon trop timide pour aborder les gens, qui préfère dessiner des flyers en laissant dessus son n° de téléphone pour proposer de venir chanter ou faire un dessin. Et qui se fait repérer par une maison de disques après la parution d’un article dans Found Magazine.
A 27 ans, Willis Earl Beal avec son visage comme sculpté dans du bois a déjà vécu plusieurs vies : coursier au coeur brisé, enquêteur médical largué, livreur cafardeux, gardien de nuit fauché, gardien de nuit poète, amoureux solitaire toujours livré à sa détresse, ses dérives ou ses espoirs, son magnéto… Et c’est exactement tous ses différents moments de sa vie que l’on retrouve sur son album, entre spleen, colère et amour fusionnel. Son âme.
Pas la peine non plus de lui demander de confirmer un talent quelconque, pour l’instant, il se sentirait plutôt dans la peau d’un usurpateur et croit en sa condition de loser éternel : "Je n’ai pas appris à jouer de la musique, je n’ai pas appris à écrire des chansons : je me suis contenté d’être un gars triste et foireux".
Des gens comme Willis, c’est rassurant et ça fait un bien fou. Pour résumer, on peut employer le mot artiste sans avoir l’impression de dire un gros mot.
Son disque, sorti chez Beggars, représente un bel objet illustré par ses dessins, le plus souvent en noir et blanc et dans un esprit naïf et sexe. Pour tous ceux, comme moi, qui l’ont loupé en concert en mars dernier, il sera en rattrapage à la Boule Noire le 30 mai prochain, pour 19 euros.
En écoute, bien sûr, 3 titres de l’album


