Rares sont les disques qu’on peut écouter en boucle, à fond sur la chaîne, du premier au dernier morceau dans une espèce de transe extatique. Sweet Heart Sweet Light, est de ceux-la. Un album lumineux, comme touché par la grâce des miraculés.
Figure marquante de la scène anglaise psychédélique, d’abord au sein de Spacemen3 dans les 80′s, puis comme chef de file de Spiritualized depuis les 90′s, Jason Pierce revient de loin, d’une vie d’excès rock n’ roll. Jusqu’à être déclaré deux fois cliniquement mort! Notre homme a tout expérimenté, came et bidouillages sonores à gogo, pour créer un son planant et introspectif visant à reproduire l’effet d’une montée sous acide.
Point de départ de la genèse de ce nouvel album, la tournée rejouant son chef d’oeuvre discographique de 1997, Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space, qui l’a poussé à se remettre en question musicalement et à se renouveler. Moins de bruitages électriques et d’effets sonores psychés(boucles, échos et pédales de distorsion triturées), place au songwriting et priorité aux mélodies. De la pop, quoi! Mais pas n’importe laquelle, version classe et majestueuse.Les arrangements superbes, avec un soin du détail quasi maniaque (1 an a été nécessaire pour le seul mixage de l’album), la production ample, précise et ambitieuse évoquent le mur du son de Phil Spector. Un ballet de guitares acoustiques, pianos électriques,violons, cuivres, choeurs et harmonies vocales en pagaille avec une électricité maîtrisée, une voix apaisante pleine de fêlures et des textes emprunts de spiritualité. Sans verser dans le mysticisme ni omettre de basculer vers l’étrangeté…
Le météorite Hey Jane et sa déconstruction en 3 actes (ballade rock classique/rythmique répétitive hypnotique/explosion finale) pour 9 minutes en apesanteur donne le ton d’entrée de jeu pour une pluie de classic pop songs. Du bijou soul/blues stonien Little Girl au lunaire Too Late et son orchestration magnifique, en passant par le souffre velvetien de l’oppressant Headin’ for the Top Now, on assiste, béat, à la naissance d’une oeuvre déjà mythique….
