Pour changer, je ne vais pas vous dire que St.Augustine est un coup de coeur. Définitivement, non. Parce qu’il s’agit plutôt d’un coup de foudre. Soldiers n’est peut-être pas un album immédiat, mais après plusieurs écoutes, quand vous faîtes le tour, plusieurs personnes semblent souffrir du même symptôme : il s’insinue jour après jour, titre après titre, pour finalement, ne plus vous lâcher…
Une impression confirmée en live, lors d’une soirée un peu spéciale… Un blog amène de curieuses surprises, on se retrouve parfois invités au milieu d’un concert sans même savoir à quoi ressemble la personne qui vous y a convié. Surtout quand, en prime, la dite personne a eu la bonne idée de mettre Jean-Pierre Léaud sur son profil Facebook.
Un concert où on vous donne RV à 21h30 et qui commence à 22h30. Un concert qui a lieu au Carmen, un hôtel particulier où Bizet a vécu, classé monument historique du 19 ème. Et aussi, accessoirement, une ancienne maison close, dont l’endroit a gardé, en clin d’oeil, ses petits salons et un décor baroque rococo comprenant une cage géante dorée à l’entrée.
Un concert avec un éclairagiste mais sans éclairage et un concert sans scène. Bref, quand vous en êtes là, vous foncez direct au bar sans vous poser de question.
Et puis, tout d’un coup, en une fraction de seconde, la magie opère, et des micro événements s’enchainent parfaitement pour cristalliser toutes vos attentes en un moment précieux : le serveur vous fait gentiment un Mojito parce qu’il a retrouvé de la menthe, et le lit Empire, où personne n’ose aller d’ailleurs, niché dans une alcôve, se révèle, finalement, terriblement accueillant. St.Augustine ou plutôt le clermontois François-Régis Croisier, seul maître à bord du navire, commence à jouer et les conversations feutrées s’étiolent.
Trop peu de chansons défilent, autant de bijoux pop folk ou rock, toujours sombres et inspirés ou subtils et ciselés. François-Régis créé une mosaïque musicale, pour mettre en scène son propre univers, entre la rock Black Feathers aux allures de Deus et de Grandaddy, l’invitation au voyage de Promised dans des plaines de Neil Young, l’émouvante Ten Arms aux effluves d’Elliott Smith.
Dans cet endroit particulier, ses prestations, toujours portées par une voix sincère et habitée, parviennent à occuper tout l’espace. Et dans la pénombre, avec ce grand miroir et ses moulures blanches, un paon empaillé posé dessus, des étoiles dans les yeux, on se laisse emporter par la bouleversante et lyrique My Father, My Son…
Vous voilà prévenus : Soldiers se révèle être un grand album folk de 2012. Profondément mélancolique et addictif, tout en retenue ou émotion, mais avec un supplément d’âme capable de faire toute la différence.
PS : Au fait, en premier concert, j’ai découvert Garciaphone et ses belles compos pop folk, qui mérite d’ailleurs bien plus que quelques lignes… et il figure d’ailleurs sur ma liste des 10 priorités ultimes en retard.
Et aussi comme je n’ai pas croisé Jean-Pierre Léaud dans cette soirée magique, je remercie quand même Thomas Rousseau pour l’invitation.
Tout l’album en écoute :

